Guide technique

Légionellose : comprendre le risque et le prévenir en entreprise

Une bactérie présente naturellement dans l'eau, qui ne devient dangereuse que dans des conditions précises — et que vos installations peuvent réunir sans que personne ne s'en aperçoive.

La légionellose est une infection pulmonaire causée par des bactéries du genre Legionella, dont Legionella pneumophila est l'espèce la plus fréquemment impliquée. La contamination se fait par inhalation d'aérosols — de fines gouttelettes d'eau contaminée en suspension dans l'air. Comprendre ce mode de transmission suffit à identifier les installations à surveiller.

Comment on se contamine

Trois points sont essentiels, et souvent mal compris :

  • La contamination se fait par voie respiratoire, en inhalant des aérosols. Ce n'est pas une maladie que l'on contracte en buvant de l'eau.
  • Elle ne se transmet pas de personne à personne. Chaque cas provient d'une source environnementale.
  • Elle est nettement plus grave chez les personnes âgées, immunodéprimées, fumeuses ou atteintes de pathologies respiratoires ou chroniques.

Ce mode de transmission explique pourquoi la réglementation cible les installations aérosolisantes : les tours aéroréfrigérantes, qui dispersent de l'eau dans un flux d'air par conception, et les points d'usage d'eau chaude sanitaire produisant des aérosols — douches, douchettes, bains à remous ou à jets.

Les conditions du développement

Legionella est naturellement présente dans les milieux aquatiques, à faible concentration. Elle ne pose problème que lorsqu'elle se multiplie, ce qui suppose la réunion de plusieurs facteurs :

FacteurRôle
Température entre 25 et 45 °C environLa plage favorable au développement. C'est pourquoi l'eau tiède est le pire des cas.
StagnationBras morts, ballons surdimensionnés, points d'usage peu utilisés : le temps de séjour permet la multiplication.
BiofilmUne couche organique fixée aux parois, où les bactéries s'abritent des biocides — notamment à l'intérieur d'amibes.
Support et nutrimentsTartre, boues, produits de corrosion, matériaux dégradés : autant de surfaces et de nutriments.
AérosolisationLa condition de l'exposition humaine : sans aérosol, pas de contamination par voie respiratoire.

La prévention considonc à supprimer autant de ces facteurs que possible — et non à compter uniquement sur un biocide, qui pénètre mal un biofilm installé.

Les installations concernées en entreprise

Les tours aéroréfrigérantes

Ce sont les installations les plus encadrées, parce qu'elles combinent une eau à température favorable, un support de biofilm important — le garnissage — et une dispersion d'aérosols par nature. Elles relèvent de la rubrique ICPE 2921, avec des analyses mensuelles de L. pneumophila en période de fonctionnement, des seuils de gestion à 1 000 et 100 000 UFC/L, une analyse méthodique des risques et une formation du personnel à renouveler tous les 5 ans.

Les réseaux d'eau chaude sanitaire

Vestiaires du personnel, douches de sécurité, hébergements, établissements recevant du public : dès lors qu'une installation collective alimente des points d'usage à risque accessibles au public, l'arrêté du 1er février 2010 s'applique.

Les installations qu'on oublie

Ce sont souvent les plus négligées, car elles ne figurent dans aucun contrat d'entretien :

  • les douches de sécurité des ateliers, presque jamais utilisées — donc stagnantes en permanence ;
  • les vestiaires d'un bâtiment peu occupé ou d'une aile désaffectée ;
  • les brumisateurs et systèmes d'humidification ;
  • les circuits de lavage et nettoyeurs haute pression alimentés en eau tiède ;
  • les bras morts laissés par un réaménagement des locaux.

Vos obligations, à deux titres

Deux corpus se superposent, et il ne faut pas confondre l'un avec l'autre :

  • En tant qu'exploitant d'installation, vous êtes soumis aux prescriptions techniques applicables : rubrique ICPE 2921 pour une tour aéroréfrigérante, arrêté du 1er février 2010 pour une installation collective d'ECS alimentant des points d'usage à risque.
  • En tant qu'employeur, vous êtes tenu à une obligation générale de protection de la santé de vos salariés, ce qui implique d'évaluer le risque biologique dans votre document unique et de mettre en place les mesures de prévention correspondantes — y compris sur les installations qui ne relèvent d'aucune rubrique ICPE, comme des vestiaires internes.

Une installation non classée n'est donc pas une installation sans obligation.

Les mesures qui fonctionnent réellement

Par ordre d'efficacité décroissante :

  1. Supprimer la stagnation. Condamner les bras morts au plus près de la conduite principale, redimensionner un stockage surdimensionné. C'est structurel, donc définitif — et ça ne dépend d'aucune tâche à répéter.
  2. Maîtriser les températures. Maintenir le réseau chaud et mitiger au plus près du point de puisage, plutôt que de faire circuler de l'eau tiède.
  3. Éliminer le support du biofilm. Nettoyer les ballons, détartrer, désembouer, entretenir les garnissages. Aucun biocide ne compense un support encrassé.
  4. Traiter et désinfecter selon un programme adapté, avec alternance de biocides sur un circuit ouvert.
  5. Surveiller et tracer : relevés de température, analyses, et consignation au carnet sanitaire ou au carnet de suivi.
  6. Former les intervenants. Obligatoire sur une TAR, avec renouvellement quinquennal — et utile partout ailleurs.

L'ordre importe : beaucoup d'exploitants commencent par le point 4 et négligent les points 1 à 3, ce qui condamne le traitement à rattraper indéfiniment un problème structurel.

Si un cas est signalé

Si un cas de légionellose est déclaré et qu'une investigation associe votre établissement, l'enquête est conduite par les autorités sanitaires. Ce qui vous protège alors, ce n'est pas la qualité de votre dernier résultat d'analyse : c'est votre capacité à documenter l'état et le suivi de vos installations sur la période concernée. D'où l'importance d'une traçabilité tenue au fil de l'eau, et non reconstituée.

En cas de résultat non conforme, voir notre page dépassement de seuil légionelle.

Questions fréquentes

Ce que l'on nous demande le plus souvent

La légionellose se transmet-elle entre personnes ?

Non. La contamination se fait exclusivement par inhalation d'aérosols d'eau contaminée. Chaque cas provient d'une source environnementale, ce qui explique que les investigations remontent toujours vers une installation.

Peut-on attraper la légionellose en buvant de l'eau ?

Le mode de contamination est respiratoire : c'est l'inhalation d'aérosols qui est en cause. C'est la raison pour laquelle la réglementation cible les points produisant des aérosols — douches, douchettes, bains à remous — et non les robinets de consommation.

Les douches de sécurité de mon atelier sont-elles un risque ?

Oui, et elles sont typiquement oubliées. Une douche de sécurité n'est presque jamais utilisée : l'eau y stagne en permanence, à température ambiante ou tiède. Elle doit figurer dans votre inventaire des points aérosolisants et faire l'objet d'un programme de purge tracé, au minimum.

Mon installation n'est pas classée ICPE, ai-je des obligations ?

Oui. En tant qu'employeur, vous êtes tenu d'évaluer le risque biologique dans votre document unique et de mettre en œuvre les mesures de prévention appropriées, indépendamment de tout classement ICPE. Une installation non classée n'est pas une installation sans obligation.

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